Source : hugobruno.substack.com
Le Président vénézuélien Nicolas Maduro a été capturé par l’armée américaine le samedi 3 janvier. Cette opération a suscité de vives réactions à travers le monde, certains s’en réjouissant, d’autres la condamnant. Tentons ici d’y voir un peu plus clair.
Discours de la méthode
S’il est effectivement choquant d’envoyer des nuées d’hélicoptères Apache tirer des roquettes par dizaines en plein milieu d’une capitale, et des soldats d’élite de la Delta Force attaquer un palais présidentiel dans le but d’enlever son président en tuant au passage une bonne partie de sa garde, il est cependant nécessaire d’analyser la situation de façon plus large.
Les Etats-Unis sont une superpuissance politique, économique, militaire, technologique et culturelle qui a bâti depuis un siècle un empire global, à son service et à celui de quelques rêveries messianiques. Cet empire vit aujourd’hui en bonne partie à crédit, de son déficit annuel de 2 trillions de dollars à sa dette de 38 trillions de dollars. Pour continuer à prospérer et à dominer, il a (entre autres) besoin que le monde continue d’acheter ses dollars virtuels.
Donald Trump est le président élu de cet empire, avec comme slogan “Make America Great Again”, et non pas “Heal the World” ou “Save Africa”. La mission que lui a confiée le peuple américain est celle de défendre les intérêts américains avant ceux des autres pays et des autres peuples.
Le Venezuela est un Etat failli dans l’étranger proche des Etats-Unis, assis sur une réserve gigantesque de pétrole et de minerais, opposé à ces derniers pour des raisons historiques et politiques, et qui vendait ses richesses à bas prix aux Chinois en yuans.
Effectivement, après la baisse des prix des matières premières dans les années 2010, et les sanctions économiques américaines, cet état très corrompu (des plaintes d’Hugo Chavez lui-même), qui n’avait jamais réinvesti ses rentes dans l’éducation supérieure, les infrastructures, la R&D, la production de quelques biens et services, s’est complètement effondré. Si bien que depuis 10 ans, ce n’est pas moins de 1/5ème de sa population qui a fui à l’étranger à la recherche d’une vie meilleure. Je vous laisse imaginer la situation que la France devrait rencontrer pour que 15 millions de ses habitants en émigrent en quelques années…
S’est ajoutée à cela évidemment la prise de contrôle d’une partie du pays par des bandes mafieuses narco-trafiquantes, prospérant sur les ruines de la société et de l’Etat vénézuéliens, et qui envoyaient leurs cargaisons de drogues aux Etats-Unis (cf le carnage sanitaire et social que représente le trafic de drogue aux USA). Bien que je n’accuse pas Nicolas Maduro d’être à la tête d’un cartel, il me semble évident que ce qui se passe dans tous les autres pays de la région s’est passé également au Venezuela : le corruption massive des officiels politiques, administratifs, militaires et policiers par l’argent de la drogue.
Aussi, si Hugo Chavez était un très grand homme qui a fait beaucoup de bien au Venezuela et à son peuple, Nicolas Maduro et ses compères ne sont pas Hugo Chavez. Ils ont largement prospéré sur son héritage en le gâchant, en s’y accrochant comme à une planche en bois pendant un naufrage qu’ils provoquaient largement par leur (in)action. Maduro n’est pas non plus Saddam Hussein, qui entre deux guerres a profondément modernisé et développé l’Irak. Comparaison n’est pas raison.
Ainsi, Trump défend ici les intérêts de l’empire global américain en cherchant à s’approprier les ressources énormes du Venezuela, à les libeller en dollar, et à les exporter à qui il voudra. Si l’opération va à son terme, il se retrouvera à la tête de 50% du pétrole mondial, pouvant en priver la Chine en un claquement de doigt, et de plusieurs terres rares et minerais dont il manque cruellement face à celle-ci. En outre, il pourra d’autant plus soumettre les Européens désormais privés du pétrole russe… Trump s’offre ici des armes pour gagner la nouvelle guerre mondiale hybride, politique, économique et militaire. S’il utilise bien des méthodes sans filtre d’un gangster, il le fait néanmoins dans un but de puissance que recherchent tous les états qui souhaitent continuer à vivre et à prospérer.
Quel intérêt pour les USA de laisser la Chine affaiblir le dollar et se fournir en pétrole low-cost ? Aucun. Pas de morale ici, que du réalisme froid. Trump agit en tant que patron d’empire, avec une main de fer, ce qui est souvent la marque des grands politiques qu’on le veuille ou non. Si les Etats-Unis dépensent 1 000 milliards de $ chaque année dans leur armée, c’est bien pour projeter leur puissance et défendre leurs intérêts partout dans le monde.
Des biais de la dissidence
Beaucoup de personnes des milieux “alternatifs” français ont été profondément choqués par les nouveaux assauts de l’Oncle Sam. Très bien.
Au même moment avaient lieu des exercices militaires chinois au large de Taïwan qui visaient explicitement à s’entrainer à exercer un blocus naval autour de l’île, dans le but de la conquérir par la force. Qui s’est ému de cette gigantesque provocation envers un état souverain dont la population certes chinoise déteste de façon notoire le Parti communiste chinois ? Population taïwanaise qui a bâti de ses propres épaules et avec une grande intelligence une île incroyablement riche et prospère. Les entendrons-nous s’exclamer de la même manière le jour où le PCC enverra 200 000 hommes débarquer à Taïwan afin de “réunifier” la Chine et y instaurer le crédit social ? Les verra-t-on s’installer à Taïwan pour y vivre le “paradis” qui instaurera à coup sûr le PCC ? Non, ils resteront au chaud en Europe et se réjouiront à distance du sort des Taïwanais.
De même, que la Russie défende de façon féroce ses intérêts en Ukraine jusqu’à y tuer peut-être un million d’ukrainiens leur parait normal. Et en effet, Vladimir Poutine aurait été bien bête et naïf de laisser ce cancer de l’OTAN se développer à sa frontière immédiate et à 600 kilomètres de Moscou. Certes la situation n’est pas la même avec le Venezuela. Il ne persécute pas les américains (quoi qu’avec le trafic de drogue…), représente moins un danger pour la sécurité des Etats-Unis, et ne fait pas partie de son histoire directe. Cependant, comme la Russie pratique l’exérèse d’un Etat ennemi à ses frontières, armé par d’encore plus grands adversaires, les Etats-Unis cherchent à sécuriser leur étranger proche en sortant Maduro du jeu, et en inscrivant cette opération dans une géostratégie plus grande de containment contre la Chine. Bref, l’histoire géopolitique du monde continue.
De l’absence du facteur hébreux
Le judaïsme international souhaiterait la disparition de Maduro, le changement de régime au Venezuela, et mettre main basse sur ses ressources. Or, pour une fois, force est de signaler leur absence quasi-totale du dossier. En effet, nos amis hébreux n’ont aucun contentieux géopolitique, idéologique ou messianique avec le Venezuela, au contraire de la Russie, de l’Irak, de la Syrie et bien d’autres… qui devaient faire face à la coalition des néo-conservateurs américains dont nous connaissons tous l’origine et à qui allait leur véritable allégeance.
Si des investisseurs, dirigeants d’entreprise ou hommes politiques israélites souhaitent un changement de régime au Venezuela pour faire de l’argent, investir, y instaurer la démocratie et y ouvrir des casinos, ça ne signifie pas que le Venezuela soit une cible privilégiée du judaïsme international, bien au contraire de l’Iran par exemple ! Il ne faut pas prendre la partie pour le tout et encore une fois comparaison n’est pas raison.
Pour information, Nicolas Maduro est lui-même un membre de la tribu, ayant déclaré que ses grands-parents paternels étaient d’origine juive séfarade, issus d’anciennes familles juives qui ont quitté l’Espagne et/ou les Antilles néerlandaises pour s’installer au Venezuela.
Que Maria Corina Machado (Prix Nobel de la Paix) ait déclaré qu’elle serait favorable à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël ne me semble pas être non plus un facteur déterminant dans les évènements actuels. Sur un total de 20 pays en Amérique latine, 17 ne reconnaissent pas Jérusalem comme capitale d’Israël. Ces pays ne connaissent et ne connaitront pour la très grande majorité jamais “d’opération spéciale” américaine…
De la virtu de Trump
Donald Trump a lancé une opération incroyablement risquée qui aurait pu tourner au désastre. Il a ordonné un raid aéroterrestre qui visait à capturer un président étranger lourdement protégé, au dessus de la capitale d’un pays qui s’attendait à une attaque américaine, pour le ramener en tant que prisonnier aux Etats-Unis.
Nous avons tous vu les vidéos des hélicoptères des forces spéciales volant dans l’espace aérien vénézuélien à basse altitude. N’importe quel missile antiaérien primitif aurait pu transformer cette opération en massacre et en fiasco total pour les américains.
Pour ceux qui ont vu le film Black Hawk Down (“La chute du faucon noir” en français), tiré de l’histoire vraie de “la bataille de Mogadiscio” en 1993, vous savez de quoi je parle. Pour ceux qui ne l’ont pas encore vu, allez le regarder pour comprendre ce que deviennent les opérations spéciales américaines lorsque leurs hélicoptères sont abattus en plein milieu urbain.
Des somaliens avaient en effet réussi à abattre deux hélicoptères américains, obligeant ceux-ci à perdre de nombreux soldats d’élite dans des missions de secours.
Les vénézuéliens ont ainsi été incapables de faire ce que des somaliens avaient réussi à faire.
Un ou deux hélicoptère(s) abattu(s), et Donald Trump aurait été obligé de faire face à une tempête médiatico-politique, devant justifier la perte de peut-être 30 soldats de la Delta Force, si ce n’est bien plus, dans une opération ultra risquée, aventureuse et complètement inacceptable en terme de “morale internationale” bien comprise.
Il a malgré tout pris le risque de mener cette opération et a qu’on le veuille ou non remporté une grande victoire sans perdre un seul soldat américain. Dans notre ère remplie de politiciens tous plus émasculés et inoffensifs les uns que les autres, se vautrant dans la communication la plus débilitante, il est admirable de voir des hommes politiques capables de prendre des risques et de mettre leur carrière (et peut-être même leur héritage historique) sur la table pour défendre ce qu’ils pensent être les intérêts de leur nation.

CONCLUSION
Non Donald Trump n’est pas un président qui va s’allier avec les BRICS afin d’établir un monde multilatéral pacifique. Non il ne partage pas les intérêts des souverainistes français. Non, il ne laissera pas la Chine remplacer les Etats-Unis en tant que première puissance mondiale.
Donald Trump est un président américain qui défendra l’empire américain et sa prééminence jusqu’au bout, quitte à prendre des risques et à utiliser la violence pour cela.
Les plus déterminés, les plus entreprenants et malheureusement souvent les plus violents vainquent les plus naïfs et les plus pacifistes. Ils imposent ainsi leur marque dans l’histoire, parfois au service d’une cause supérieure. C’est avec ses mains tâchées de sang romain après des années de guerre civile qu’Auguste fit entrer Rome dans un nouvel âge d’or. Nous verrons ce qu’il en sera pour l’empire américain au XXIème siècle. Ceux en Europe qui critiqueront à grands coups de moraline sans voir la nature profonde des évènements en cours, et sans comprendre ce qu’il en coûte de vaincre et de s’imposer dans l’histoire, seront coupables du sort qui nous attendra tous collectivement.
VAE VICTIS.


