La Rome impériale

Tout le monde a vu Gladiator. Tout l’Occident blanc vénère l’empire romain. Un “meme” s’est même répandu sur TikTok, qui posait la question “How often do you think about the Roman Empire ?”, signifiant par là-même que les hommes occidentaux pensaient en fait très souvent à celui-ci. Elon Musk s’est même fendu de cette déclaration “I think about the roman empire everyday”.

Le roi Philippe II se fit appeler “Philippe Auguste”. Charles Quint ajoutait le titre ‘Augustus’ à son nom sur certaines façades de bâtiments publics.. Napoléon et Hitler reprirent l’aigle impérial romain en tant que symbole de leurs empires. Ce dernier disait même selon les “Hitler’s table talk” que « L’Empire romain est une grande création politique, la plus grande de toutes », ce qui n’était pas anodin.

Cependant, si l’empire romain fascine autant, peu de personnes connaissent réellement la Rome antique, l’Urbs lui-même, la capitale des capitales, qui dépasse en fait parfois même l’image de grandeur que l’on s’en fait. Quels furent les hauts lieux du pouvoir romain ? De la religion polythéiste antidogmatique romaine ? Ses places, ses forums, ses infrastructures ? Je vous propose aujourd’hui une visite de la capitale de l’empire romain.

Une mégapole antique

Rome était au temps de sa grandeur riche d’un million d’habitants. Il fallut attendre 1800~1810 pour que l’Europe revoie une ville d’une telle taille avec Londres. 11 aqueducs géants lui fournissaient 1 million de m3 d’eau chaque jour. S’étalant sur 15km2, elle était entourée à partir de l’empereur Aurélien par la plus grande muraille qu’ait connue le monde antique, longue de 19 kilomètres.

Elle était la capitale politique, administrative et économique d’un empire qui s’étendait sur 5 500 000km2, soit un territoire 1,5 fois plus grand que celui de l’Union Européenne actuelle.

Rome fut la plus grande cité du monde antique, loin devant Alexandrie et ses ~ 500 000 habitants.

La résidence impériale sur le mont Palatin

Le centre historique et politique de l’empire était situé sur le mont Palatin, c’est à dire juste au-dessus du Circus Maximus. C’est là selon la légende que Romulus et Remus avaient tracé le premier sillon sacré qui fondait la ville de Rome. Auguste, qui souhaitait s’inscrire dans les pas de Romulus en tant que fondateur d’un nouvel âge d’or, avait acheté plusieurs villas sur le mont. Naturellement, une foule de fonctionnaires et d’administrateurs l’y avaient suivi. La résidence d’Auguste devint par la suite celle de ses successeurs qui allaient progressivement l’agrandir, jusqu’à la transformer en un gigantesque palais grandiose, centre du monde politique romain.

La grande salle d’audience impériale – “salle du trône” – était l’Aula Regia, pièce gigantesque selon les descriptions qu’il nous en reste, et qui dominait l’ensemble.

Vue d’artiste de l’Aula Regia par Jean-Claude Golvin

Le mot lui-même de “palais” vient de cette même résidence impériale du mont palatin, “palatium” en latin. Il est donc le palais des palais, qui a transmis son nom à tous les palais du monde.

Le Palatin sur la maquette d’I. Gismondi.

Il faut imaginer le quotidien d’un fonctionnaire travaillant au palais impérial, naviguant de salles grandioses en salles grandioses, rencontrant empereurs, prétoriens et sénateurs, et qui devait souvent entendre la clameur inouïe venant du Circus Maximus adjacent au palais.

Le Circus Maximus

Le principal hippodrome de la Rome antique est le plus grand stade de l’histoire humaine. D’une capacité d’accueil de 250 000 personnes, il dépasse largement tous nos ouvrages modernes.

Vue d’artiste du Circus Maximus avec le palais du mont palatin

Je vous invite à regarder la vidéo suivante, témoignage de la magnificence de ce quartier de Rome, riche du palais impérial et du Circus, dédié uniquement à la grandeur, peut-être l’apogée urbain de l’empire romain.

Les temples

Rome était riche des temples parmi les plus importants du polythéisme antique.

Temple de Jupiter Capitolin

Le temple de Jupiter Capitolin était le centre de la religion romaine antique. Il datait du Vème siècle avant JC, quand la République romaine n’était pas plus qu’une simple cité-état du Latium, ce qui démontre selon l’historien spécialiste de la religion romaine John Scheid que les Romains déjà à cette époque “ne se prenaient pas pour rien”.

Il était le siège des principales cérémonies religieuses monumentales de la République puis de l’Empire, et le lieu où se terminaient les processions militaires triomphales des légions, qui par là rendaient hommage à Jupiter pour leurs victoires. Celui-ci était l’incarnation de l’univers, de la nature en gloire d’où étaient issus tous les autres aspects de la nature divinisée, eux-mêmes représentés sous les traits des différents dieux et déesses mineurs.

En plus d’être des bâtiments symboliques du pouvoir et de la culture des romains, les temples étaient des démonstrations de leur maitrise architecturale et esthétique. Effectivement, les temples étaient des “beaux” bâtiments, offerts à la population pour signifier la grandeur de l’empire, de ses dieux, et incarner un idéal de perfection.

Le temple de Jupiter Capitolin, s’il était bien le temple principal de Rome, n’était pas le plus grand en terme de taille. Cette qualité appartenait au temple de Vénus, construit sous l’empereur Hadrien (76 ap JC – 138 ap JC).

Long de 110 mètres et large de 52 mètres, il était censé représenter l’éternité de Rome et de sa culture. Il fut ainsi le cœur des cérémonies en l’honneur du millénaire de Rome en 248 après JC.

Le troisième temple de Rome en terme de taille était celui dédié à “Mars Ultor”, “Mars vengeur”, construit sur le forum d’Auguste par ce même empereur (princeps), en l’honneur du dieu de la guerre qui lui avait permis de venger son père adoptif César pendant les guerres civiles romaines.

Vue d’artiste du temple de Mars Ultor

Les forums

Rome comptait six forums principaux, un “Forum Romanum”, c’est à dire le “vieux forum” républicain, et cinq autres forums impériaux. Ces forums étaient autant de “palais populaires” où la prouesse architecturale et esthétique se mêlait aux aspects pratiques de la vie romaine, de la rencontre, au commerce, aux discours politiques.

Vue d’artiste d’un triomphe sur le Forum Romanum

C’était sur le vieux forum qu’avaient lieu les triomphes, ces processions militaires qui se terminaient au temple de Jupiter capitolin.

Vinrent ensuite les forums impériaux : de César, Auguste, Vespasien, Nerva et enfin Trajan. Construits successivement à côté du Forum Romanum, ils créèrent ainsi un immense complexe dédié à la vie publique.

Forum de Trajan

Ces forums étaient également accompagnés de “basiliques”, qui étaient leurs parties couvertes, protégées de la pluie, qui abritaient des services administratifs et d’où les magistrats romains (censeurs, questeurs, préteurs notamment) exerçaient leurs fonctions.

Basilique Ulpia, Forum de Trajan

Les basiliques pouvaient également être construites seules, sans forum adjacent, comme la basilique de Maxence, l’empereur vaincu par Constantin au pont Milvius.

Basilique de Maxence

Les bains et thermes

Les habitants de Rome avaient accès à environ 1 000 bains et thermes répartis dans l’Urbs. Une myriade de bains de petite et moyenne tailles complétait les 11 thermes monumentaux construits par les empereurs.

Les thermes de Dioclétien étaient les plus grands de la Rome antique. Construits à la fin de la “crise du deuxième siècle”, ceux-ci se déployaient sur une superficie de 13 hectares, avec une hauteur sous plafond comprise entre 30 et 34 mètres.

Thermes de Dioclétien

Agrémentés de décorations somptueuses, de statues et de fresques monumentales en tous genres, les thermes faisaient partie de ces “palais populaires” offerts au peuple romain par ses empereurs et ses élites pour des raisons d’hygiène publique et par évergétisme, c’est à dire une forme de générosité obligatoire des élites antiques envers le peuple. Cette générosité était autant pratiquée pour des raisons politiques que par idéal esthétique et même éthique. On n’offre pas de telles constructions, aussi “luxueuses”, à la communauté politique si ce n’est par idéal humaniste. Rome se voulait l’apogée du genre humain.

L’Athenaeum

Enfin, j’aimerais insister sur un lieu particulier, l’Athenaeum, nommé en l’honneur de la gloire d’Athènes par l’empereur philhellène et destructeur de la Judée Hadrien, qui était l’école des arts libéraux, de la philosophie, de la science et des arts. Ses ruines ne furent découvertes que récemment et font l’objet d’intenses études archéologiques.

Vue d’artiste de l’Athenaeum

Contrairement à l’image rustre des romains, l’historien John Scheid affirme que Rome était devenue “le centre du monde intellectuel” sous l’empire.

Il est effectivement plus précis de parler d’empire “gréco-romain”, le fruit du syncrétisme entre le génie politique romain et la culture grecque et hellénistique. Après les conquêtes d’Alexandre, c’est Rome qui a universalisé la culture hellénique en la rependant et en l’institutionnalisant en Europe de l’ouest et dans l’ensemble de la Méditerranée.

CONCLUSION

Si le développement économique et civilisationnel nous semble être la norme, ce n’était pas du tout le cas en l’an 100. Un certain nombre de peuples vivaient quasiment dans des conditions encore paléolithiques ou proto-néolithiques. Il faut s’imaginer tel un barbare visitant la Rome antique à l’époque. C’était l’équivalent de basculer dans un monde digne de la science-fiction.

Par soucis de synthèse, je n’ai même pas parlé de ses autres monuments, du Colisée, du Panthéon, du Champ de Mars, des différents sièges du Sénat, des théâtres, du stade de Domitien…

Ammien Marcellin décrit comment “Les peuples étrangers, voyant les monuments élevés et les marchés animés, restent muets devant tant de richesse et d’ordre.

Flavius Josèphe, visitant Rome au premier siècle disait que “Quand on a vu Rome, on ne peut plus admirer aucune autre ville. Elle dépasse toute attente que l’on peut en concevoir par ouï-dire, et l’on croit y voir réunies en un seul lieu toutes les merveilles du monde.” C’est cette stupeur face à tant de beauté et de grandeur, ainsi que ce sentiment d’avoir porté la civilisation à ses cimes, qui nous parviennent jusqu’à aujourd’hui.

Substack de Hugo Bruno : hugobruno.substack.com

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