De Chirac à Chirac, la génération X, 1965-1980

Michel Drac, dans une vieille vidéo qui doit encore exister, avait promis un livre sur cette génération qu’il détestait, la sienne, en donnant quelques pistes de recherche. Le livre n’a jamais vu le jour, mais l’idée a cheminé. Merci à lui.

La thèse de Drac est d’absoudre les boomers, boucs émissaires de leurs enfants, la génération X, ce que les jeunes répètent sans rien comprendre. Nés entre 1940 et 1965 environ, ne bataillons pas pour quelques années, voici les boomers, nom donné en raison d’une époque rare, « le baby-boom », où les Français ont eu le grand mérite de faire des enfants – si cette période avait continué, il n’y aurait aucun problème avec 90 millions de Gaulois. De l’arrivée de Pétain en juin 1940 jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962, en gros, voici la génération de nos héros.

Il faut remettre une population dans le contexte de son époque, pas simplement se moquer de vieilles personnes se passionnant pour les élections démocratiques, les écouter s’enflammer sur des candidats dont la population connaît à peine le nom. Ce n’est que la partie émergée, sale, grotesque de leur existence. Vieillir est presque inéluctablement lamentable de toute façon, facile de se moquer. Les baby-boomers furent d’abord et avant tout des survivants des deux guerres mondiales, trois en comptant 1870 ; une époque où la population était d’une pauvreté absolue eu égard à nos standards modernes, l’horizon géographique n’allait pas plus loin que son quartier si on vivait à Paris, ou les trente kilomètres alentour en province. Il leur a fallu travailler pour reconstruire le pays, boire du vin à la cantine, recevoir de vraies baffes quand ça ne filait pas droit, vivre dans la hantise que la guerre revienne, sans comprendre qu’en cinquante ans, une fois vieux, la France a connu une évolution plus importante qu’en plusieurs siècles.

Les moqueries dont ils sont victimes tiennent au fait qu’ils détiennent tout le capital, qu’ils sont en train de transmettre ; la partie que l’État ne volera pas du moins. La plupart n’ont pas conscience du contexte actuel, les images de la guerre qu’ils n’ont pas connue guident leurs visions ; le remplacement de population par l’Afrique reste flou même si la réalité est partout. Ils ont le souvenir des années de pénurie ou d’un grand-père mort à Verdun. La plupart sont de braves gens, plus ou moins argentés, en déconnexion avec la modernité. En caricaturant, ils ont travaillé dur pour acheter une maison et élever des enfants, et le hasard de l’histoire a fait multiplier par dix leur capital, avec l’immobilier et l’argent gratuit des emprunts. Ils ont fait la France. Qu’ont fait leurs enfants ?

Le grand coupable pour Michel Drac est la génération X, qui elle-même comprenait tout de la modernité, ayant accès à une éducation de qualité et n’ayant pas peur du retour de la guerre, juste de perdre le capital. En période de bourgeoisie généralisée, le refus de retourner à la pauvreté fut leur mot d’ordre.

Ils ont assimilé jeunes la saleté de l’époque, l’absence d’héroïsme, la crise ; ils ont intégré dès le début le fait qu’il allait falloir ruser pour s’en sortir. Les belles années de plein emploi, de carrières fulgurantes dans une entreprise sans aucun diplôme mais avec de l’intelligence, la maison secondaire : c’était terminé. La génération suivante, dite millennial, 1980-1998, étant biologiquement différente, par l’écoute massive de rap, la consommation de shit ou l’effondrement scolaire, n’est pas responsable. Quand on écoute du rap pendant 5 ans et qu’on fume du shit, ce qui est devenu commun, le niveau physique et intellectuel est proche du néant.

Analysons cette génération à travers quatre événements jalons, arbitrairement, allant de 1995 à 2002 : les deux élections de Jacques Chirac, président que tout le monde a déjà oublié, dont il ne reste comme souvenir que le musée africain en plein Paris, appelé « Musée des arts premiers ». Quel effondrement pour le dernier président un peu français, qui aimait la bière et dire des évidences un peu bourrées sur les races en 1991, ce qui l’enverrait directement en prison aujourd’hui.

Finalement, dans une humiliation post mortem, il ne restera de Chirac, dans l’imagerie populaire, que son adoration du football et de l’Afrique par ce musée. Il n’y a pas de musée des Gaulois, ni des Mérovingiens, ni des Carolingiens. Mais on célèbre avec des milliards un musée des étrangers.


7 Mai 1995, élection de Chirac

Élection préparée, dans l’alternance républicaine « gauche » et « droite », à grands coups de matraquage publicitaire quotidien par les Guignols de l’info de Canal+ ; Jacques Chirac a bénéficié d’un réel engouement populaire de la jeunesse, ceux qu’on appelle aujourd’hui les droitards, fatigués on ne sait plus trop pourquoi par quatorze années de Tonton Mitterrand. Ayant suivi les manifestations le 7 mai, je trouvais mes contemporains répugnants de s’enthousiasmer pour un individu qui avait de fait déjà un peu les pouvoirs durant le second septennat. Encore républicon je me demandais ce que ça allait changer. Prudent, comme j’étais de « gauche », je me méfiais de mon jugement. Il ne fallait pas, c’était bien des milliers ou des millions de crétins qui ont défilé ce 7 mai oublié. Une époque que personne n’est fier d’avoir connu. Zéro commentaire d’ailleurs.


12 Juillet 1998, la France gagne la Coupe du Monde

Le moins glauque des événements. Comme les boomers, la plupart des gens n’ont pas vu de mal à la propagande métisseuse, simplement un moment de folie collective, où la joie, même si commandée, était naturelle. En gros, un peuple de Blancs fêtait partout, sans morts, ni manipulation comme en Mai 1968, une victoire française. Si on dit que c’était un moment magnifique, on peut passer pour un boomer, pourtant sur le moment, c’était magnifique.

Moralité : pendant qu’on vote et qu’on avorte, on fait rentrer des Africains régulièrement dans une quasi-indifférence. Et l’on célèbre finalement ce remplacement sans en avoir conscience ; car il ne se voit pas encore hormis dans quelques endroits.

La tristesse de cet événement colossal est que la population employée, tertiarisée dans des activités inutiles, jouant déjà entre travail et chômage pour éviter le piège du CDI mais avoir les prêts à la consommation, n’était plus capable de s’enflammer que pour des événements sportifs, ce qui rappelle les Jeux du cirque et l’effondrement de la civilisation. Il n’y a plus de vrai combat, il reste des combats fabriqués.

Le parallèle avec la Libération de 1944 est évident. Il s’agit dans les deux cas d’une perte de souveraineté, économique en 1944, ethnique en 1998. Que le peuple célèbre.

C’est précisément à ce moment-là que l’on entra, sans que personne ne comprenne rien, à force de futilité et d’élections, dans le Kali Yuga français.
26 Avril 2001. Loft Story, le sacrifice de Loana Petrucciani


26 Avril 2001. Loft Story, le sacrifice de Loana Petrucciani

Ça je ne l’avais pas vu venir, non rien ; seule une citation de Céline sur la guerre de 1914 pour l’occasion, peut décrire le moment. Aurait-il pu imaginer cela, 40 ans après sa mort ?


Ce colonel, c’était un monstre! A présent, j’en était assuré, pire qu’un chien, il n’imaginait pas son trépas ! je conçus en même temps qu’il devait y en avoir beaucoup des comme lui dans notre armée, des braves, et puis tout autant dans l’armée d’en face. Qui savait combien ? Un, deux, plusieurs millions peut-être en tout ? Dès lors, ma frousse devint panique. Avec des êtres semblables, cette imbécillité infernale pouvait durer indéfiniment…Pourquoi s’arrêteraient-ils? Jamais je n’avais senti plus implacable la sentence des hommes et des choses

Après les jeux du cirque Black Blanc Beur, vinrent les jeux du cirque où l’on sacrifiait une jeune femme perdue, de sa propre ethnie, en direct. Loana était une femme en perdition, maltraitée et abusée dans l’enfance, mise en scène par les mêmes financiers pour faire de l’argent et avilir le peuple, toujours prêt à s’avilir. La population s’enthousiasma pour ce spectacle inintéressant et morbide. Je n’ai toujours pas compris comment 11 millions de personnes regardaient et se passionnaient pour cela.

Saturne dévorant ses enfants en riant ?

Heureusement, on ne tue plus en public les assassins d’enfants. Depuis la loi Badinter de 1981, les enfants ne peuvent plus aller voir les meurtriers se faire couper la tête, on est devenu civilisé. Mais comme la nature humaine a besoin de sang, la bourgeoisie généralisée – tout le monde a un frigo et Internet – reçut un spectacle identique mais sadique. Loana était une fille innocente, perdue, détruite par son enfance, moitié prostituée, mais tout à fait sauvable dans un régime organique. Il suffisait de la protéger ; non, on fit un exemple d’une fille perdue. Loana, qui se suicida lentement en direct pendant une vingtaine d’années, devint un exemple à suivre.


21 Avril 2002, du sacrifice à la vénération de l’Africain

Le point de non-retour.

Un pas de plus, logique, après Loana et le sacrifice public de ses femmes, donc de son avenir ; vint l’adoration de l’Africain. Le 21 avril 2002 fut la suite illogique du 12 juillet 1998. Toute une génération de tarés a défilé pour combattre le fascisme qui n’a jamais existé. Hormis certains des 18 % qui ont voté Le Pen ou ceux qui se sont abstenus, les 82 % de votants pour la réélection de Jacques Chirac montrent la nullité de cette génération, qui a vu l’arrivée d’Internet en France. Elle a préfiguré et continué cette révolution ; la technologie ne fit que démultiplier la nullité de cette génération. Le web 2.0 arriva vers 2003 avec Meetic quand les femmes purent dans l’anonymat rencontrer une foule d’hommes, puis Facebook acheva le travail en 2007.

La technologie n’a fait qu’amplifier la décadence de la société, à l’infini, mais elle n’est pas responsable. Si aujourd’hui des jeunes filles de bonnes familles, ou prolétaires, s’adonnent à la prostitution via OnlyFans, qui est considéré comme un travail comme un autre, elles ne sont que les enfants de cette génération, s’auto-détruisant non pas via Loana, mais par injonction ou indifférence parentale. Le pédosatanisme qui a toujours existé, l’exploitation sexuelle des enfants – voir les scandales de l’ASE – sont une composante majeure et officielle de la société actuelle, monstrueuse et terriblement normale. La génération X n’a jamais fait son mea culpa. Elle est fière. Elle continue à voter pour ou contre Hollande ou Macron avec la même passion.

La suite fut donc cousue de fil blanc. En 2007, Sarkozy, premier président étranger et juif, vint passer le karcher sur l’idéologie de Mai 1968, que ses corréligionnaires avaient organisée. Nous entrâmes dans un puits sans fond, mais d’une logique implacable. La génération X est aujourd’hui aux manettes. Il n’y a rien à en attendre.

On parle fort peu de cette génération, fort éduquée, consciente, n’ayant aucune excuse, contrairement aux boomers et aux millennials. Ils sont les premiers et probablement seuls responsables de la situation actuelle. Pour paraphraser Houellebecq à la fin de Soumission. Il n’y a rien à garder d’eux.

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