Paris, comme toutes les vieilles cités, a été construite autour d’un fleuve pour favoriser les échanges. Ainsi la tribu celte des Parisii, installée vers l’actuelle Nanterre, a navigué, échangé, et probablement chanté ce fleuve, source de vie. Mais Paris fut, comme le psalmodie la doxa officielle, depuis toujours une terre d’immigration ; le « toujours » est important. Les nouveaux arrivants chantèrent aussi ce fleuve, offrant un témoignage sur l’époque. La modernité, c’est le célèbre poème du Polonais Guillaume Kowtrowitsky, dit Apollinaire. Il fit même un enregistrement, rare, en 1913. C’est la fameuse immigration polonaise, race assez appréciée par Rebatet dans Les Étrangers en France, hormis le fait qu’elle ait apporté avec elle bien des usuriers présents en Pologne.
La même année, une star de l’époque, Georgel, chantait Sous les ponts de Paris, « le chanteur des midinettes ». On se demande pourquoi plus personne n’écoute cela aujourd’hui, et se laisse imposer les goûts les plus répugnants par les dominants. Tout sauf la France depuis longtemps. Finalement, entre la chanson française joyeuse, et la déprime polonaise d’Apollinaire, l’histoire oublia Georgel, logiquement. Tous les bacheliers étudièrent ce très bon poète polonais.
La Seine fut célébrée ensuite durant l’après-guerre, en 1946, par un autre Polonais, Nathan Korb… plus connu sous le nom de Francis Lemarque, dont on peut reconnaître l’esthétique, même s’il s’agit encore de jérémiades, de tristesse, de suicide.
La Seine fut ensuite peu chantée, célébrée, ne constituant qu’un passage obligé pour les touristes et les autochtones. On note simplement des plaques commémoratives pour la crue de 1910, ou à l’endroit où les nombreux résistants moururent « pour la défense de la patrie ». C’était sans compter sur les chaleurs de 2026, où le charmant canal Saint-Martin rassembla le nouveau Paris ; qui ne se réunit plus que pour des évènements sportifs, ou des chanteurs étrangers.
La Douane c’est Paris. N’en déplaise aux fâcheux, il donne raison à Darwin ; certes, sa théorie de l’évolution de l’amphibie vers l’homme fait sourire, mais elle est pertinente quand on s’intéresse à l’évolution anthropologique de l’être humain. Avant, le Français, c’était, à l’international, Jean Gabin, Maurice Chevalier, ou même Alain Delon. Mais en quatre-vingts ans de libération, d’avortement, d’immigration africaine, de métissage, de laxisme judiciaire ; un nouveau Français est apparu : La Douane.
Sans double sens aucun, La Douane représente une bonne partie de cette nouvelle France goguenarde, à deux ou trois passeports. Il a vécu en Espagne, chantant la beauté du fleuve, sur le canal Saint-Martin. Un enfant, disent les journaux – il a 14 ans –, toujours rieur, déjà obèse, venant d’Algérie, défiant la bien-pensance bourgeoise, et finissant, tel Jacques Mesrine, par mettre les policiers dans sa poche – ils jouent à s’envoyer de l’eau avec lui –, et même à s’entendre avec le nouveau maire de Lutèce, venu en personne discuter du problème de la chaleur avec ce jeune cabotin, faisant même tomber la cravate. Emmanuel Grégoire, attendri, devant cette nouvelle attraction parisienne, ni enfant, ni homme, ni Gaulois, un peu de tout à la fois.

Voici un portrait à la Proust de La Douane, il explique la subtilité de son pseudo, comme un douanier il taxe, les vélos lui, et ne fait de mal à personne.
Dans les années 1950 Robert Doisneau avait photographié des enfants parisiens, ses œuvres devinrent célèbres.



Au XXᵉ siècle, les enfants avaient coutume de se baigner dans le fleuve, moins pollué.

Le monde évolue, les garçons sont toujours des chenapans, espiègles, vivant dans le monde merveilleux de l’enfance. La Douane est l’enfant ou l’adolescent le plus connu de Paris, son incarnation ; quatre-vingts ans après Robert Doisneau. Espérons qu’il se souviendra de ses bêtises lorsqu’il sera lui-même papa, et qu’après Apollinaire, ses enfants puissent, eux aussi, continuer à chanter ce fleuve.



